Elle seule avait changé.
Le temps avait offert à sa beauté un énigmatique, un infranchissable qu'elle réfutait.
On eût dit que quelques mèches de cheveux découvraient les vallées de son front et de ses pommettes creusées, qu'elles jaillissaient hors de son chignon parfaitement négligé. Par un va et vient incessant, elles respiraient ce visage qu'elles recadraient. Ces ombres sifflotantes conféraient une douceur survoltée à cette grâce mystérieuse qu'elle n'avait pas perdue.
Elle m'entraîna en claudiquant, sa nouvelle manière de marcher maintenant qu'une de ses jambes la trahissait, vers le salon où tout semblait avoir été transormé, même la poussière qui vagabondait perspicacement dans la pièce.
On retrouvait les moulures du plafond, témoins d'un autre temps, sur son visage, comme si, à force de contempler les choses, on finissait par s'en imprégner.
Son corps bien que plus désuet n'avait rien perdu de la précision qu'il devait autrefois incarner. Elle parvenait malgré tout, à bondir de planche en planche: le parquet ne s'embarrassait nullement d'elle, il absorbait plutôt la moindre odeur de ses mouvements.
Je l'admirais autant que je l'aimais, toujours autant.



