Foules en mouvement dans la ville/photo*Doisneau

Foules en mouvement dans la ville/photo*Doisneau
La danse reprend. Comme chaque matin les résidents fuyent le centre, repoussés par l'envahisseur au sourire ravi, prêt à l'imortaliser à chaque instant.
Sous terre, l'infection se répend, les déserteurs las sont assis, un bouquin à la main, bravant agacés ces vacanciers dont ils ne comprennent pas la langue.
Ces bactéries agglutinées sur quelque bâtiment en décomposition s'en régalent, se pourlèchent, mais leur faim presqu'insatiable conduit les bourdonnants vers d'autres nectars, plus juteux encore.

Le couvre-feu retentit, la musique s'arrête, chacun cherche à s'asseoir comme dans le fameux jeu d'enfants. L'horloge indique deux fois le douze et il n'y a pas de perdant. La ville se repose, embarque les touristes dans le flôt continu de ses veines et artères automibiles. Elle respire et respire pour mieux se faire piétiner car voilà que la masse rassasiée se relève. Une nuée d'orage s'abat sur la ville et assombrit les champs de coquelicots éphémères. Les fleurs ploient sous le vent de leurs égarements, reliées à la terre par leurs pieds fatigués.

Un inépuisable regain d'énergie semble les ranimer quand passe le défilé d'ouvriers. Cette marche ridicule de petits soldats alignés, les danseurs et danseuses aux sacs-à-dos la transpercent de toutes parts, tissant au passage une soie rugueuse drappant la ville pour la soirée.
Le claquement des hauts talons résonne et les effluves de la campagne parviennent aux citadns. S'ils ne la sentent pas, ils l'observent car la basse-cour s'anime. Les coqs se recoiffent et la crête gominée, bombent le torse pour flâner d'un air pataud. Les dindes, elles, se font avoir et roucoulent gaiement.
Les derniers reflux de foule s'écoulent tels de petites vagues persistantesqui se brisent sur la pierre des pavés pour laisser s'embraser les ultimes lueurs des lampadaires avant celles du crépuscule qui s'annonce déjà.
La ville ne se tait jamais.

# Online seit Donnerstag, 19. Juni, 2008 um 13:12

s'écrire/photo*siyahtapot

Se faire jeter comme on se débarrasse de la pourriture qui traîne sur un légume contagieux. Le voir retenir ce qu'on craint le plus en soi. Une sorte de dégoût. Ça sur moi.
La peur tangente qu'il hait honte de moi, honte de ce que je n'aime pas.
Si tu savais, mon corps se frotte aux lambeaux de souvenirs qu'il a de ton odeur, de ce corps qu'il ne connaît pas, frémis, tremble. Sehnsucht.
Il ne s'en aperçoit pas je crois, à par peut-être de cette tendresse qui s'échappe, contenue à outrance. J'avais enterré cela pourtant, je ne savais pas. Il ne restait rien depuis ce refus, près d'un brasero flirtant aux relans de pierre par une atmosphère glaciale d'avant Noël. Ma tête, mon front l'avait brûlé sous l'écho d'un non discret qui semblait peut-être devoir me protéger. Peut-être qu'après tout je devrais. Devrais-je ? Frappez-moi.
Et puis ça là, moi sur l'écran, d'un geste mécanique, brisé, comme l'est ma respiration. L'abandon mon cul, je ne vous écris plus, je ne m'écris plus, je ne le lui décris pas. Le mime, je joue comme cela de mes journées : un maquillage, pire encore que le masque, leur livrer notre vrai visage sans les derniers restes d'âme qui pourraient nous dévoiler. Je cracherai bien sur cette actrice de série B, rêvant toujours à plus qui ne laisse personne la dévisager, la percer, comme son regard à elle se porte sur d'autres. Faire naître le fantasme dans ces corps qui me répugnent.
Regarde-moi, toi, devine-moi, François.
s'écrire/photo*siyahtapot

# Online seit Freitag, 13. Juni, 2008 um 14:31

Geändert am Donnerstag, 19. Juni, 2008 um 12:54

swimming-pool/photo*dystophia

swimming-pool/photo*dystophia
L'air est lourd et l'odeur de lilas s'y mêle. Les corneilles semblent jouer à cache-cache sur les tuiles noires, gloussant horriblement quand elles se font démasquer. Les cheminées inertes ne servent plus que de théâtres minuscules où leurs becs noirs annoncent vivement leur apparition futile, emplie de ce sentiment d'arrêt de toute activité depuis que l'orage se fait attendre. Cela fait maintenant plus d'une semaine qu'on attend de revoir le soleil derrière ces nuages trop peu fournis encore. Sous la protection d'un ciel maternisant, même le ventre rond de la lune ne se montre plus.
Les chats se battent, le lait tourne.
L'odeur de fleur d'oranger que poursuivait un maghrébin convainquant qui, sous une traîne de clochettes de mai et la peau plus fanée encore que son muguet le serait bientôt, rappelait la traîtrise du désert à ces Marocains égarés dans les bistrots parisiens.
Que l'été semblait loin après quelques réjouissances inabouties. J'étais prise du syndrome de l'autoroute quand les allers semblent interminables et les retours si brefs qu'ils transforment en souvenir l'inoubliable, comme s'il était loin déjà.

# Online seit Montag, 26. Mai, 2008 um 14:41

Geändert am Dienstag, 03. Juni, 2008 um 16:39

les fraises sauvages/photo*une sorte de... par mats ek

les fraises sauvages/photo*une sorte de... par mats ek
Avoir confiance en tout car je n'avais besoin de confiance en rien. S'oublier. Se laisser envahir par une ville aux rues oblongues, aux jardins chauds et aux coins d'ombre aux abords de fontaînes sculptées par les roseaux. S'abandonner à l'effervescence autour de soi, à la chaleur capiteuse qui enivre telle une main parcourant le long des cuisses et le bas ventre à la fille en manque d'amour reçu. C'est courir au milieu d'une rue hautement fréquentée et faire des voitures à contre sens des compagnons de route.
Mes membres réclament cette liberté acquise avec peine. Impotente à présent, la simple odeur de ce souvenir et celle de la pluie d'été, abondante sur une terre sèche, me ravissent. Savourer ces instants rares qu'on croyait avoir oubliés, qu'on n'avait peut-être jamais réellement vécu. C'est cette soif qui fait que nous n'appréhendons plus l'attente. Une soif de sens, de vin, de perception, de connaissance. Etre curieux de la vie. Respirer l'espoir et la ténacité.

Aujourd'hui, l'odeur de pluie traîne sur le sol, vogue sous notre nez. Intense comme une fin de mois d'août, légère et envoutante telle un printemps léger. Un entre deux rassurant, un pas de deux infiniment. L'éclair intimiste d'un orage et tout va bien.

# Online seit Donnerstag, 15. Mai, 2008 um 14:32

je lui fais totale confiance/photo*soheir

je lui fais totale confiance/photo*soheir
Hésitant, timide, un premier rayon de soleil vint animer la peau, couverte des empêchements de l'hiver, de son bras nu.
Elle avalait l'air tiède, sorti du sol comme la sueur des pores de la peau. Une main de lumière vint caresser sa nuque, un amant regretté, puis ses cheveux, douce insolation.
Elle comptait les bourgeons éclore comme il y a de gens dans une foule. Bousculée de ci, ignorée, jugée, méprisée, adulée de là, par des inconnus qu'elle ne connaitra pas et dont elle se fiche bien. A part peut-être des regards insistants, braqués souvent sur ses seins, ronds, proéminents, fermes, convoités de désirs épars et refoulés.
La bouche ouverte, bavant la perversion, aux relans d'alcools bidons. Elle en finit par se détester. Accélérer le pas, vite dans un square désert mais pas trop. Réveiller les pavés, chtac, d'un coup dans l'oeil. C'est à présent une main froide, gercée qui lui remonte les cuisses, lui soulève les reins. Sous le demi regard de la jetée borgne, il croque sa prétendue pomme, en recrache les pépins, ne laissant que la peau. Sentir sourdre la semence dans ce corps humilié. Ses poignets cassés dévider le trognon, la fin de Germinal.
Elle se débarrasse de ses forces fuyantes, sa conscience la quitte et c'est d'oreiller glacé que sert la chaussée, dont la cécité ne fut châtiment comparable. Les jambes nues, écartelées, elle s'adonne à l'espoir luisant de ce rayon de promesse d'été jusqu'au prochain passant.

{}

note:
Je n'arrive pas écrire l'heureux, pourtant ça partait d'un bon sentiment. Suis-je si déprimée?

# Online seit Montag, 28. April, 2008 um 13:39

Geändert am Freitag, 02. Mai, 2008 um 10:30