s'écrire/photo*siyahtapot

Se faire jeter comme on se débarrasse de la pourriture qui traîne sur un légume contagieux. Le voir retenir ce qu'on craint le plus en soi. Une sorte de dégoût. Ça sur moi.
La peur tangente qu'il hait honte de moi, honte de ce que je n'aime pas.
Si tu savais, mon corps se frotte aux lambeaux de souvenirs qu'il a de ton odeur, de ce corps qu'il ne connaît pas, frémis, tremble. Sehnsucht.
Il ne s'en aperçoit pas je crois, à par peut-être de cette tendresse qui s'échappe, contenue à outrance. J'avais enterré cela pourtant, je ne savais pas. Il ne restait rien depuis ce refus, près d'un brasero flirtant aux relans de pierre par une atmosphère glaciale d'avant Noël. Ma tête, mon front l'avait brûlé sous l'écho d'un non discret qui semblait peut-être devoir me protéger. Peut-être qu'après tout je devrais. Devrais-je ? Frappez-moi.
Et puis ça là, moi sur l'écran, d'un geste mécanique, brisé, comme l'est ma respiration. L'abandon mon cul, je ne vous écris plus, je ne m'écris plus, je ne le lui décris pas. Le mime, je joue comme cela de mes journées : un maquillage, pire encore que le masque, leur livrer notre vrai visage sans les derniers restes d'âme qui pourraient nous dévoiler. Je cracherai bien sur cette actrice de série B, rêvant toujours à plus qui ne laisse personne la dévisager, la percer, comme son regard à elle se porte sur d'autres. Faire naître le fantasme dans ces corps qui me répugnent.
Regarde-moi, toi, devine-moi, François.
s'écrire/photo*siyahtapot

# Posté le vendredi 13 juin 2008 14:31

Modifié le jeudi 19 juin 2008 12:54

swimming-pool/photo*dystophia

swimming-pool/photo*dystophia
L'air est lourd et l'odeur de lilas s'y mêle. Les corneilles semblent jouer à cache-cache sur les tuiles noires, gloussant horriblement quand elles se font démasquer. Les cheminées inertes ne servent plus que de théâtres minuscules où leurs becs noirs annoncent vivement leur apparition futile, emplie de ce sentiment d'arrêt de toute activité depuis que l'orage se fait attendre. Cela fait maintenant plus d'une semaine qu'on attend de revoir le soleil derrière ces nuages trop peu fournis encore. Sous la protection d'un ciel maternisant, même le ventre rond de la lune ne se montre plus.
Les chats se battent, le lait tourne.
L'odeur de fleur d'oranger que poursuivait un maghrébin convainquant qui, sous une traîne de clochettes de mai et la peau plus fanée encore que son muguet le serait bientôt, rappelait la traîtrise du désert à ces Marocains égarés dans les bistrots parisiens.
Que l'été semblait loin après quelques réjouissances inabouties. J'étais prise du syndrome de l'autoroute quand les allers semblent interminables et les retours si brefs qu'ils transforment en souvenir l'inoubliable, comme s'il était loin déjà.

# Posté le lundi 26 mai 2008 14:41

Modifié le mardi 03 juin 2008 16:39

les fraises sauvages/photo*une sorte de... par mats ek

les fraises sauvages/photo*une sorte de... par mats ek
Avoir confiance en tout car je n'avais besoin de confiance en rien. S'oublier. Se laisser envahir par une ville aux rues oblongues, aux jardins chauds et aux coins d'ombre aux abords de fontaînes sculptées par les roseaux. S'abandonner à l'effervescence autour de soi, à la chaleur capiteuse qui enivre telle une main parcourant le long des cuisses et le bas ventre à la fille en manque d'amour reçu. C'est courir au milieu d'une rue hautement fréquentée et faire des voitures à contre sens des compagnons de route.
Mes membres réclament cette liberté acquise avec peine. Impotente à présent, la simple odeur de ce souvenir et celle de la pluie d'été, abondante sur une terre sèche, me ravissent. Savourer ces instants rares qu'on croyait avoir oubliés, qu'on n'avait peut-être jamais réellement vécu. C'est cette soif qui fait que nous n'appréhendons plus l'attente. Une soif de sens, de vin, de perception, de connaissance. Etre curieux de la vie. Respirer l'espoir et la ténacité.

Aujourd'hui, l'odeur de pluie traîne sur le sol, vogue sous notre nez. Intense comme une fin de mois d'août, légère et envoutante telle un printemps léger. Un entre deux rassurant, un pas de deux infiniment. L'éclair intimiste d'un orage et tout va bien.

# Posté le jeudi 15 mai 2008 14:32

je lui fais totale confiance/photo*soheir

je lui fais totale confiance/photo*soheir
Hésitant, timide, un premier rayon de soleil vint animer la peau, couverte des empêchements de l'hiver, de son bras nu.
Elle avalait l'air tiède, sorti du sol comme la sueur des pores de la peau. Une main de lumière vint caresser sa nuque, un amant regretté, puis ses cheveux, douce insolation.
Elle comptait les bourgeons éclore comme il y a de gens dans une foule. Bousculée de ci, ignorée, jugée, méprisée, adulée de là, par des inconnus qu'elle ne connaitra pas et dont elle se fiche bien. A part peut-être des regards insistants, braqués souvent sur ses seins, ronds, proéminents, fermes, convoités de désirs épars et refoulés.
La bouche ouverte, bavant la perversion, aux relans d'alcools bidons. Elle en finit par se détester. Accélérer le pas, vite dans un square désert mais pas trop. Réveiller les pavés, chtac, d'un coup dans l'oeil. C'est à présent une main froide, gercée qui lui remonte les cuisses, lui soulève les reins. Sous le demi regard de la jetée borgne, il croque sa prétendue pomme, en recrache les pépins, ne laissant que la peau. Sentir sourdre la semence dans ce corps humilié. Ses poignets cassés dévider le trognon, la fin de Germinal.
Elle se débarrasse de ses forces fuyantes, sa conscience la quitte et c'est d'oreiller glacé que sert la chaussée, dont la cécité ne fut châtiment comparable. Les jambes nues, écartelées, elle s'adonne à l'espoir luisant de ce rayon de promesse d'été jusqu'au prochain passant.

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note:
Je n'arrive pas écrire l'heureux, pourtant ça partait d'un bon sentiment. Suis-je si déprimée?

# Posté le lundi 28 avril 2008 13:39

Modifié le vendredi 02 mai 2008 10:30

expliquer, c'est déjà se chercher des excuses/photo*gloria aniela

expliquer, c'est déjà se chercher des excuses/photo*gloria aniela
Puisqu'ici une image d'imagination fertile et facile règne, pourquoi ne pas prendre part au mouvement? C'est ce cliquetis intransigeant du clavier qui décidera de la parution, de la mise en texte d'une ébauche en espérant qu'elle soit bonne. On espère, ça oui! On s'acharne, on se bat contre un mur insurmontable derrière lequel -il est possible d'imaginer que- tout s'ouvre, tant la beauté du monde que sa bêtise.
C'est l'histoire du mec qui, avec sa petite cuiller, creuse non pas un tunnel, mais une échelle sur le mur: il sait qu'il ne saura pas descendre de l'autre côté, c'est trop haut, mais il aura vu ce monde d'autre côté de barrière.
Je m'épuise, mes poings saignent, rauques, secs, anguleux, cassés par endroits.
Permettez-moi de me présenter: je ne m'appelle pas Henry et malgré ce qu'on pourrait croire j'ai bon goût (ainsi qu'un bon mauvais goût). J'ai seize ans, pas dix-sept, le premier nombre qu'on énumère vraiment. L'unité après la dizaine, onze, douze, treize, puis dix et sept.
Maintenant imaginez-moi dans trente ans: sans visage, pas de détails physiques, hors contexte familial, professionnel ou que sais-je encore. Pas de décors, pas de costume. Peut-être une chaise banale dans le noir, pas étouffant, neutre. Il est plus facile de s'imaginer une chose en lui attribuant une image. Disons, juste ce que je serai sans le savoir aujourd'hui. Serai-je devenue celle que je voulais être à dix-six ans? J'ai la hantise de me déçevoir. Je ne saurai pas vivre de ça. On s'imagine beau ou avec beaucoup de charme, discretion, charisme et grâce, soutenu par une épaule protectrice, résister à tout, avec le métier de nos rêves en prime, une famille et du temps pour nous s'il en reste. Après tout, qui décidera ? Moi? La vie, probablement.
J'accepte le destin, s'il existe, car s'il a quelque dessein universel, on n'est pas forcément tous perdants. Sourire à un jeu de cartes où les deux adversaires, s'épiant fixement, traquant chaque signe de la part de l'autre, finissent tous deux gagnants, avec des intérêts différents, chacun fier de la sienne sans jalouser la réussite de l'autre. Se battre et réussir.
Se battre mais réussir.
J'ai peur de moi. Un flou m'entoure. Le besoin d'une part, l'envie lui faisant face, s'arrachent chaque organe de mon ventre. Je suis le bétail, on cherche en moi le meilleur morceau à consommer. vendre à prox fort. On me fouille tout le temps, constamment, perpétuellement ses mains, ses ongles se balladent dans mes intestins, y laissant le sang dont elle s'étaient laissées tâcher.
On continue, j'avance sans savoir. On s'imagine, j'espère sans exactitude. Je, réaliste, ne demande pas l'impossible, mais le voulu.
Vouloir, voyez, voyeurs.
{}
(sûrement pas pour Béjart)

# Posté le samedi 05 avril 2008 08:49