Petit répertoire du geste quotidien dans Kontakthof

Petit répertoire du geste quotidien dans Kontakthof
Se présenter, s'asseoir, rire, courir, s'effrayer, défiler, s'habiller, se déshabiller, se changer, ouvrir/fermer une porte, s'accommoder, réajuster, vérifier, séduire, emmener, complimenter, réprimander, critiquer, s'avancer, discuter, raconter, crier, toucher, manipuler, caresser, battre, se débattre, se défendre, riposter, repousser, manger, tirer vers soi/vouloir, attendre, mesurer, chercher, montrer, demander, aider, cacher, jouer à, se jouer de, compter, suivre, s'accrocher, rattraper, recommencer, répéter, attirer l'attention, chanter, partir, revenir, choisir, appeler, regarder (un film), prendre des images.
Le geste intime, la distance entre les couples.
Menacer et mourir.
se vendre

# Posté le dimanche 02 novembre 2008 13:23

the bridges of madison county

 the bridges of madison county
Arrivée en bas des escaliers, elle rit, parce qu'il faut se moquer de ses habitudes. A chaque marche elle avait composé avec l'usure pour ses enfants qui dorment. Mais ils étaient partis et elle sourit d'avoir fait attention à ne pas les réveiller.
Le four, ouvert, crépitait encore et l'odeur forte de canelle et de pain d'épice se dégageait sous la chaleur d'un Noël qui ici, ne connaitrait pas la neige. Elle avait recouvert les biscuits d'une glasure blanche, en forme d'étoiles. L'odeur de ce bonheur de famille convivial et forcé qui viendrait avec les fêtes lui barrait le visage. En plus, les frissons ne partaient pas. Au dessus, il faisait froid comme les dimanches. Il n'était pas monté l'écouter entrer dans son bain et caresser les vêtements qu'elle avait préparé, sans jamais lui dire. Elle les choisissait confortables.

Elle avait enfilé sa robe de chambre sans vraiment se sécher et elle avait froid à présent, et se réchauffait auprès de l'ambiance de cette naissance, de son four qui baille et du ciel fermé. Elle se prit à rêver de ces arbres cristallisés, pleurant comme des saules le chant de l'éther ardent. Mille glèves fragiles vacillant par dessus nos têtes comme autant d'épées d'Amoclès rugissantes. Sur les hauteurs d'Europe, en hiver, le ciel éblouit, paraît-il.

Elle sortit, poussa le moustiquaire et appréçia la tirade qu'offrait chaque jour chaque paysage de par le monde. Phèdre trainait, lui rappelant son adolescence et ce sacrifice qu'elle adulait tant à l'époque. Un geste terriblement grec dans un trait français. Le pathos même.
Le livre sentait l'humidité et collait. Elle s'en débarassa d'un geste dégoûté et se laissa tomber, agaçée, épuisée, trompée dans le fauteuil à bascule qui se mit à tanguer dangereusement (comme elle l'aimait). Elle berça ainsi son enfance pendant longtemps, la couvrant de ses bras, protégeant ce petit être prêt à s'évanouir. Le vent l'emporta dans son cortège funèbre, caressa son cou et pénétra sa robe de chambre jusqu'au nombril par la vallée de ses seins.
Elle ouvrit son peignoir, le vent s'engouffra dans son corps nu et ses cheveux battaient comme les champs que malmènent les gelées d'Europe, les pans de sa robe comme le velour chaud, ondulant au gré des airs les plus connus d'opéra.

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# Posté le jeudi 30 octobre 2008 11:49

Modifié le samedi 01 novembre 2008 17:15

Sagan

Sagan
Ecrire joyeux. Comme une danse distraite. Trois notes qu'on chantonne, trois notes guillerettes.
Quand la lumière s'éteint, que la volupté s'étreint. Ecrire pour séduire au dangereux des premières fois tardives.
Ecrire aux seins nus, pointus de pluie, écrire aux membres charnus de perles de suie.
Ecrire aux contorsions d'un corps qu'on éprend, écrire aux allusions, l'amnésie qui se rend.
Ecrire au matin frais de désirs achevés, écrire comme on le ferait pour soupirer ses passés.


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(il faut admirer dle travail de delahaye sur pina bausch)



# Posté le mercredi 01 octobre 2008 08:34

Wavreumont/peinture*Laura Knight

Wavreumont/peinture*Laura Knight
A cet homme au visage inconnu que j'ai pourtant frôlé,
Comment dire ?
à celui qui me nomma sa Mrs. Dalloway


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C'est dans cet air ambiant de complicité consumée qu'offrait une mer calme d'après tempête, prompte cependant aux retournements que je fus renversée. Cette eau verte insinuait sur les brise-lames peu à peu recouverts qu'un fifrelin pouvait vous emporter à chaque instant. Je m'en détournais presque, à chaque fois que l'eau, vaguement trop pressante s'abattait sur mes jambes prêtes à glisser, avant de goûter enfin au plaisir peu avouable du risque et des interdits (quand les entrailles se rétractent, que les doigts se tordent pour mieux s'accrocher à cet instant qui échappe, se faufile entre le temps).
Débarquer dans un port (où la marchandise à peine amarrée disparaît) inconnu avec cette sensation de pouvoir commencer. Recommencer sa vie n'eût été que se leurrer et chose inutile, mais commencer à se retrouver soi comme l'on ne peut que l'être avec soi-même. Etablir une carte quasi-géographique de cette étendue se dressant orgueilleusement devant nous, une ville à découvrir, balayée par le sel comme un corps peut être gauchement exploré par une main moite.
Un sablier de taille égale à celle d'une oasis miraculeuse se retourna dix fois. Le temps (dont il fallait ben supporter l'humeur changeante) nous accorda de pouvoir tous nous apprivoiser, comme l'on observe un pommier avant d'en décrocher un de ses fruits, montant pas à pas à l'échelle de bois et d'examiner ces prémices scrupuleusement avant de s'en régaler.

Je m'interrogeais.
Etait-il possible qu'un homme droit ne se montre pas comme tel uniquement pour combler un manque ? Il avait cette allure d'homme qui d'un contact avec la terre puise toute sa force pour dévier les méandres de sa race dont il ne s'avait s'il devait en apprécier la grandeur, les arts, ou en renier la pauvreté d'esprit.
Sa tête semblait irrémédiablement fixée à ses épaules, des épaules capables de supporter le poids de lourds imprévus et la nuque massive. Il avait l'air de se moquer de nous quand nous jetions des pierres de cendres pour les voir se fracasser sur tel ou tel arbre en signe de notre agacement, refusant ainsi de s'abaisser à quelque pitrerie, mais aussi à un exutoire salvateur.

Pour quelque manière peu raffinée, je vous l'accorde, il s'écria : « Que voici une charmante façon d'agir », sur un air de reproche amusé, m'ordonnant implicitement de cesser de me donner en spectacle comme une pauvre femme. Les planches d'un théâtre voluptueux n'en auraient moins bien résonné. Cette unique représentation pourtant ne se jouait qu'entre lui et moi. Qui diable aurait pu comprendre qu'un tel abus de droiture nous réunirait tant ?
Je découvris ce qu'était de vouloir plaire à quelqu'un constamment, épiant ses réprimandes, jalousant ces rares compliments bafoués d'enfant poli qu'il adressait pourtant à ces commères en tenue de soirée. Plus rien ne m'importait, seul son jugement affectueux d'un homme sur son épouse. D'exister encore, pouvait seul le prétendre le désir de sentir encore sa présence au plus près de la mienne.

J'avais goûté à cette faiblesse dont on accuse les femmes, la tête haute pourtant. Maintenant, je me fichais éperdument de trouver une réponse à leurs médisances, de leur prouver qu'ils avaient tort.
{♪}

# Posté le dimanche 03 août 2008 16:01

Modifié le mardi 05 août 2008 13:33

Foules en mouvement dans la ville/photo*Doisneau

Foules en mouvement dans la ville/photo*Doisneau
La danse reprend. Comme chaque matin les résidents fuyent le centre, repoussés par l'envahisseur au sourire ravi, prêt à l'imortaliser à chaque instant.
Sous terre, l'infection se répend, les déserteurs las sont assis, un bouquin à la main, bravant agacés ces vacanciers dont ils ne comprennent pas la langue.
Ces bactéries agglutinées sur quelque bâtiment en décomposition s'en régalent, se pourlèchent, mais leur faim presqu'insatiable conduit les bourdonnants vers d'autres nectars, plus juteux encore.

Le couvre-feu retentit, la musique s'arrête, chacun cherche à s'asseoir comme dans le fameux jeu d'enfants. L'horloge indique deux fois le douze et il n'y a pas de perdant. La ville se repose, embarque les touristes dans le flôt continu de ses veines et artères automibiles. Elle respire et respire pour mieux se faire piétiner car voilà que la masse rassasiée se relève. Une nuée d'orage s'abat sur la ville et assombrit les champs de coquelicots éphémères. Les fleurs ploient sous le vent de leurs égarements, reliées à la terre par leurs pieds fatigués.

Un inépuisable regain d'énergie semble les ranimer quand passe le défilé d'ouvriers. Cette marche ridicule de petits soldats alignés, les danseurs et danseuses aux sacs-à-dos la transpercent de toutes parts, tissant au passage une soie rugueuse drappant la ville pour la soirée.
Le claquement des hauts talons résonne et les effluves de la campagne parviennent aux citadns. S'ils ne la sentent pas, ils l'observent car la basse-cour s'anime. Les coqs se recoiffent et la crête gominée, bombent le torse pour flâner d'un air pataud. Les dindes, elles, se font avoir et roucoulent gaiement.
Les derniers reflux de foule s'écoulent tels de petites vagues persistantesqui se brisent sur la pierre des pavés pour laisser s'embraser les ultimes lueurs des lampadaires avant celles du crépuscule qui s'annonce déjà.
La ville ne se tait jamais.

# Posté le jeudi 19 juin 2008 13:12