"Avec son air aristocratique, tendre et cruel à la fois, mystérieux et familier, Pina Bausch me souriait pour se faire connaître. Une religieuse qui mange une glace, une sainte en patins à roulettes, une allure de reine en exil, de fondatrice d'un ordre religieux, de juge d'un tribunal métaphysique, qui soudainement te fait un clin d'oeil." Federico Fellini

"Avec son air aristocratique, tendre et cruel à la fois, mystérieux et familier, Pina Bausch me souriait pour se faire connaître. Une religieuse qui mange une glace, une sainte en patins à roulettes, une allure de reine en exil, de fondatrice d'un ordre religieux, de juge d'un tribunal métaphysique, qui soudainement te fait un clin d'oeil." Federico Fellini
/photo*Josephine Ann Endicott
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La nuit s'envole sur un geste tendre gâché. La beauté s'épuise en sourires. Une voix rauque résonne, lancant des adieux tonitruants et échoue dans la rue comme un coup de fouet sur le dos de celui qui passe, par hasard. Elle met du rouge-à-lèvres, mais dérape, tant pis, elle ne le voit pas. Il y a un caniveau sur lequel les gens trébuchent. A terre, s'ils sont tombés, ils peuvent entendre le ruissellement vert des eaux qui cherchent leur chemin, comme un orchestre qui s'accorde. Comme d'habitude, le théâtre est plein, les gens se bousculent dehors. Les jolies femmes comparent leurs pieds, tordus sur leurs hauts talons à ceux des danseuses dans les miroirs. Certaines ne s'en sortent pas trop mal. D'autres rentrent leur ventre, pour entrer dans le temple, comme on entre en scène. Il n'y a pas de rideau, pas de suspense, pas de théâtre. Sur scène, on voit des gens vivre et c'est beau.

# Posté le dimanche 31 mai 2009 16:57

Modifié le mardi 02 juin 2009 14:51

Denn das ist alles nur geklaut.../photo*yessaid

Denn das ist alles nur geklaut.../photo*yessaid
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et l'ombre tombe
et les histoires tombent
comme les nuits



que l'été reste
que l'eau demeure fraîche
sur les corps bouillants
que les folies ne s'apaisent que dans nos repos,
mais faites qu'elles nous réveillent
au plus tôt.

Les gens qui se prélassent,
de toute leur longueur en terrasse,
n'obtiendront de leur oisiveté
la seule définition du nom proposé

Moi je veux sentir la terre,
la guerre des corps
et la tendresse des esprits


Je veux un été rond et plein
comme une femme
que naisse un ineffacable
où déprime l'oubli
un été calme, comme les eaux
et agité comme la mer

Entschuldigung, das hab' ich mir erlaubt!

# Posté le jeudi 14 mai 2009 11:38

Modifié le jeudi 14 mai 2009 14:28

I believe I may have a first sentence /photo*Sabi Krabi

I believe I may have a first sentence /photo*Sabi Krabi


Et les corps s'endorment chauds. La fenêtre ouverte ne rafraîchit déjà plus l'air. La peau a amassé le soleil jusqu'à en déborder. La nuit n'apaise rien, les gens s'entremêlent, comme de jour, mais osent plus. Des amis écoutent de la vieille chanson française sur des chaises dépareillées. Des amis d'un soir, des inconnus que vous surprenez. La chair frisonne sous la prairie glaciale qui s'étend et la main parcourt les cambrures. Les baisers s'échauffent, les amants sous le saule ne se retiennent plus. L'été arrive comme une apparition. On plonge dans un inconnu qu'on maîtrise bien, un visage aux même traits qui se creusent. C'est toujours l'été qu'on retient, comme ces hommes pour qui notre tendresse n'a jamais tari; qui nous accompagnent sur la route vers le prochain dont on s'éprendra. On ne cesse pas d'aimer, mais l'habitude est comme l'hiver, on attend une suite qui ne vient pas, pour l'oublier par après. Rien ne retient jamais l'hiver de partir, comme on voudrait se débarasser de la stagnation.

"Ben tu vois mon Jojo,
j'en ai rencontré des poivrots,
qui ont le vin mais pas l'ivresse,
la vie sans allégresse.
Mais depuis que nous sommes seigneurs,
au grand Bacchus rendons honneur."
<K2>

# Posté le dimanche 12 avril 2009 16:11

Modifié le lundi 13 avril 2009 03:46

by Jeff Buckley

by Jeff Buckley
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"Everybody has memories of going back for some reason, especially if it's going back for reasons they don't know about. I think they never really figure out."

# Posté le jeudi 09 avril 2009 09:20

les rocheuses/photo*ElifKarakoc

les rocheuses/photo*ElifKarakoc
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.............................. Il pleuvait à nouveau. Le temps, sur l'île, est changeant, même en été. Il faut s'y faire.
C'est une pluie compacte. le vent n'a aucune influence sur elle, elle tombe toujours sans dévier, dans un infini filet qui s'abat bruyamment. Elle est inévitable comme un lourd rideau enveloppant qu'il faudrait traverser.
Elle commence sans prévenir et part sans un mot. Les vêtements d'été, robes, blouses, tuniques, s'ajustent, collent alors à votre corps pour en épouser les formes qu'elle dévoile à votre insu. Rien, personne n'est épargné, pourtant, l'odeur de sable chaud enfin abreuvé transpire et déjà la pluie s'est calmée.
.... La nuit, la vieille maison de pêcheur est très humide, les draps sont gelés. les porte-fenêtres paraissent des trous béants où l'air salé se faufile vicieusement. Les murs sont froids, glacés comme les averses.

Le lendemain, tout ça est oublié. L'herbe du jardin est sèche comme jamais, jaune et rèche. Un nid de fourmis a encore envahi les toilettes et le soleil resplendit.
Derrière le petit mur, on voit les restes de la soirée, arrosée elle-aussi, des fils et amis des nouveaux voisins. La maison d'enfance a été vendue, enfin, une partie seulement. On a gardé l'autre, les parents n'en voulaient plus. Moi, je ne voulais pas la quitter. On a fait des travaux, agrandi, remis une cuisine neuve et propre.
Tout me rappelle avant. La table de bois sous le figuier, par exemple, fraîche et pimpante comme elle est là, me rappelle ce vieux banc à la couleur douteuse et pourri jusqu'à la moelle, qui un jour, a cassé sous notre poids.
La cuisine, prévue pour la maison, me fait penser à celle d'en face dont l'évier était toujours bouché. Il fallait prendre une bassine dans la petite remise aux étagères à côté, pleines de cadeaux savoureux des amis, et reverser l'eau dans le romarin, sans trop de savon.
Les femmes cuisinaient assises à la table un peu bancale, mais imposante du salon, en cerisier, devant une vieille armoire de conte de fées et une horloge comme en n'en fait plus. Les hommes ne s'inquiétaient de la cuisson que quand ils relevaient le nez de leur verre déjà à moitié vide.
Après avoir mangé, généralement, la pluie retombait un peu, pour nous laisser digérer les tonnes d'huitres que nous avions avalées. Les hommes dorment au soleil à présent, sur deux chaises, risquant le torticolis à tout instant et la casquette posée sur le bout du nez, pour cacher la lumière du jour qui a repris.
Sous le linge qui pendait, un lit de camp avait été installé, un peu en retrait, pour lire.
Quand le chien qui s'était encore échappé, eut fini de réveiller la maisonnée, celle-ci se dirigeait vers la plage. Sans seaux, pelles, balles, il n'y avait pas besoin de ça. Cet océan vert ténébreux vous soulevait les tripes, puis vous replongeait dans ses abîmes avant de vous recracher sur le sable, mort de rire mais effrayé tout de même, avec parfois, un bout de maillot en moins.

Aujourd'hui je suis là, à Noirmoutier, seule. C'est mon refuge. C'est un peu le refuge à tout le monde d'ailleurs, pas besoin d'être né ici, je m'en rends bien compte. Les touristes, je les évite. Ceux qui sont là hors saison ne me dérangent pas, au contraire, ceux-là font partie des meubles, ils apprécient.
Tout ce que je vois, tout ce que je touche me plonge dans ma mémoire, mais ce n'est pas celle de mon enfance dont je parle. Ces gens de passage, les amis, les nouveaux, les amants, laissent des traces indélébiles qui font que le lieu vous appartient moins et plus encore.

(première partie)

# Posté le mardi 24 février 2009 13:44

Modifié le mardi 24 février 2009 14:18