Et les corps s'endorment chauds. La fenêtre ouverte ne rafraîchit déjà plus l'air. La peau a amassé le soleil jusqu'à en déborder. La nuit n'apaise rien, les gens s'entremêlent, comme de jour, mais osent plus. Des amis écoutent de la vieille chanson française sur des chaises dépareillées. Des amis d'un soir, des inconnus que vous surprenez. La chair frisonne sous la prairie glaciale qui s'étend et la main parcourt les cambrures. Les baisers s'échauffent, les amants sous le saule ne se retiennent plus. L'été arrive comme une apparition. On plonge dans un inconnu qu'on maîtrise bien, un visage aux même traits qui se creusent. C'est toujours l'été qu'on retient, comme ces hommes pour qui notre tendresse n'a jamais tari; qui nous accompagnent sur la route vers le prochain dont on s'éprendra. On ne cesse pas d'aimer, mais l'habitude est comme l'hiver, on attend une suite qui ne vient pas, pour l'oublier par après. Rien ne retient jamais l'hiver de partir, comme on voudrait se débarasser de la stagnation.
"Ben tu vois mon Jojo,
j'en ai rencontré des poivrots,
qui ont le vin mais pas l'ivresse,
la vie sans allégresse.
Mais depuis que nous sommes seigneurs,
au grand Bacchus rendons honneur."
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